mercredi 2 janvier 2008

Le rapport à l'alimentation pour les Brésiliens...

Par Amandine...

Le rapport qu'ont les individus à la nourriture est assez révelateur de la société à laquelle ils appartiennent.

Si le vieil adage "Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es" a du sens ici, le "comment" est d'autant plus intéressant...
La nourriture à consommer immédiatement est partout au Brésil: sur la plage, dans les grandes surfaces, dans les centres commerciaux...
On mange n'importe quoi à n'importe quelle heure. Sur la plage, les vendeurs ambulants vendent majoritairement de la nourriture; et pas uniquement des glaces, des fruits ou des petites choses sucrées à grignotter mais aussi des brochettes, des beignets salés, des poissons séchés, des crevettes, des huîtres, des sandwichs...De quoi faire un vrai repas, en somme.

D'ailleurs, quand un brésilien dit "je ne mange jamais le midi", pour un français,
il faut entendre :"je ne fais pas de vrai repas à table le midi mais je grignotte toute la journée"...Ce qui explique peut-être le surpoids d'un grand nombre de locaux.
Dans les grands centres commerciaux, un étage est consacré à la restauration en tout genre, mais de préférence à haute teneur en calories (de type hamburgers, pâtes en sauces, pizzas, etc.) Seules quelques échoppes diététiques, souvent désertes, parsèment le paysage culinaire. Et il n'est pas rare à 16h de ne pas trouver de place y pour boire un café...

De même, toute grande surface alimentaire qui se respecte doit avoir un self service.
Le client doit pouvoir, entre l'achat de la lessive et du débouche-chiotte, s'installer sur un coin de table et manger une assiette de riz et de haricot, s'il le désire...et il le désire souvent!

La rigueur n'est pas de circonstance en matière d'alimentation au Brésil, le désordre alimentaire règne en maître...Exemple frappant: les churrascos que nous avons largement expérimentés (c'est qu'il faut s'intégrer, c'est dur!) C'est ce que nous qualifierions de "barbecue" chez nous. A une différence près, les churrascos commencent à 11h du matin et finissent à 20h au minimum...Et pendant tout ce temps, on ne fait pas que discuter : on mange, on boit sans
discontinuer,l'assiette sur les genoux (ah bon! des gens se mettent à table pour manger ensemble?)

Ainsi, la structure du repas traditionnel "à la française" avec entrée, plat, fromage, dessert, n' a pas de sens ici. Les horaires pour manger ne sont pas determinés non plus et chacun mange sans attendre les autres, en vacant à ses occupations... Pas de structures, pas de partage, pas de règles...

Rien d'étonnant au demeurant, quand on sait que le comportement alimentaire est un comportement social comme un autre: les règles de conduite en voiture sont mises de côté (on double à droite, une route à une voie est occupée par trois voitures),les ouvriers en bâtiment ou les travailleurs municipaux chargés de repeindre les trottoirs ou boucher les nids de poule sur la chaussée travaillent à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit et ne font preuve d'aucune rigueur (Un arbre sur le passage est repeint en blanc comme le trottoir, on comble les trous d'une route en sable avec des pavés...normal!)

Le restaurant est un autre exemple frappant de différence entre notre manière de nous nourrir et celle des brésiliens. Cette différence se résumerait en un mot: la quantité. Il existe quatre types de formule:

- le self-service: pour un prix donné (généralement modique: 1.5 €), on prend dans des bacs de la nourriture. Un seul service est autorisé donc on remplit son assiette le plus possible en faisant des couches de préférence. Les fruits, la salade, les viandes, les légumes, tout est mélangé: pas de distinction qualitative, c'est la quantité qui compte!( On a quand même le droit d'avoir un verre pour y mettre la boisson, pas besoin de répendre le jus de fruit dans l'assiette, c'est vachement pratique!)

- le "ao quilo": Même formule que la précédente sauf que les restaurant affichent un prix au kilo. On prend de tout, dans une même assiette, qu'on fera peser avant de commencer à manger. Pas de distinction non plus, et on paie le poids qu'on mange.

- le rodizio: C'est l'excellence du repas brésilien. Pour un premier rendez-vous, les brésiliens choisissent génrélement cette formule pour combler leur vorace promise, sans se ruiner pour autant. Pour un prix donné, les serveurs apportent tout ce qu'il y a sur la carte du restaurant, jusqu'à satiété.
Il existe des rodizios de viandes, de poissons, de crevettes, de pizzas, de sushis, etc. Les brésiliens peuvent rester jusqu'à 3 heures dans les restaurants jusqu'à déclarer forfait...

- à la carte: seule formule qui ressemble au restaurant français avec, encore une fois, une différence: les plats sont tellement importants, que pour des mangeurs moyens, un plat pour deux ou trois personnes suffit...

Ainsi, la quantité prime sur la qualité et c'est l'anarchie la plus totale en matière d'alimentation brésilienne. Encore une fois, ce rapport particulier à la nourriture donne des indications sur un comportement plus général, social. L'exemple le plus proche est la musique. La musique est une constante, elle est partout, mais elle s'écoute très fort, ce qui dénature complétement le son. Les basses saturent, le tout grésille, c'est tout à fait inaudible...et pourtant, elle est appréciée de cette manière: la quantité prime sur la qualité! Et peu importe si le voisin met également de la musique,²il suffit de monter le son...

Pas de partage, pas de règles...Patrick m'a dit, en reprenant les termes d'un guide touristique sur le Brésil: "les brésiliens sont tellement désordonnés que même la dictature n'a pas pas été réussie correctement".

Et ce sera sur ces mots, tellement vrais, que je m'arrêterai.

1 commentaire:

Thomas Desmond a dit…

Très intéressant tout ça, cher ami sociologue.